« Gérer la pénurie Â» 

M. Laforgue est bien dans son activité de distribution de matériel médical. Les consommables représentent les plus grandes quantités du matériel médical acheté chaque année par les hôpitaux, entreprises et autres officines. Bien en place sur la toile, même s'il reconnait qu’il « n’est pas le leader de la vente en ligne », son business semble florissant.

Nous le contactons pour avoir des explications sur l’approvisionnement en fournitures de prévention que des professionnels et particuliers lui demandent. Un portefeuille de clients varié. En effet il nous affirme fournir du médecin de quartier au CHU, en passant par l’entreprise soucieuse de son plan de continuité d’activité (PCA). « Nous on a de très grosses demandes de tous nos clients. "On a surtout des difficultés à les servir parce qu'il y a des difficultés à s’approvisionner». Les affaires vont bon train mais sont limitées par les stocks disponibles : « On est plutôt à essayer de gérer la pénurie. C’est moins important de servir un gros client que 1000 petits clients». Mais n’a-t-il pas préparé le coup de feu ? « On a bien plus de quantité que hors épidémie, on a acheté des containers de masques ! Ca doit être multiplié par 20».

Plusieurs raisons à ce tsunami préventif pour le jeune entrepreneur. D’un coté, ses clients ont des exigences de temps plus que de prix. « J’ai plutôt une pression sur les délais que sur les quantités. Les personnes nous appellent pour avoir leur commande le lendemain». De l’autre coté, les temps de production et d’acheminement des produits : « On a prévu le coup, mais qu’en partie. On n'arrive pas à faire face à la montagne de demandes qui arrive ».

 

FFP2 chinois aux normes françaises

Alors que certains professionnels nous avaient assuré que leurs masques étaient non seulement aux normes en vigueur, mais en plus fabriqués dans l’hexagone, M. Laforgue nous éclaire sur ce sujet. Ne pas confondre normes et endroit de production :

« Je voudrais que ceux qui pensent qu’une fabrication asiatique est moins bien qu’une autre réagissent : sur les masques, il n’y a que des fabrications asiatiques. Les masques normes françaises, c’est du matériel chinois qui arrive par container ».

Son problème de stock est donc analysé par le biaisde ses fournisseurs et de leurs obligations. « N’importe quel chinois ne peut pas fabriquer un FFP2 aux normes françaises, et donc les quelques fabricants sont en surrégime et gèrent la pénurie ». Les histoires de gros sous se font donc à l’échelon au dessus. Après recherche, des industriels français sont évidemment basés en Asie et fournissent le vieux continent avec un matériel répondant à leurs exigences. Main d’œuvre bon marché, produits moins chers ? Pas si sûr, en tout cas les prix s’envolent déjà. « Je me suis fourni en Asie. Mais les prix augmentent, ça se ressent déjà à l’achat ». Un montant se faisant sentir à l’acquisition, cela se ressent forcement en bout de chaîne sur le consommateur.

 

 

« Des gens pour les acheter Â» 

Je parle au chef d’entreprise des masques à 5 euros l’unité dans les beaux quartiers de la Capitale. Pas étonné du tout, il me répond au niveau global. « Mais parce qu’il y a des gens pour les acheter Â» commence-t-il. Pour parler de sa branche, il considère « qu’on peut vendre en deux semaines ce que l’on vend en un an ». Cependant la vente vampire ne l’intéresse pas dans son domaine d’activité. « On est resté sur le même niveau de prix (qu’avant la grippe A(H1N1)) , on a presque baissé sur de grosses quantités ». Les entreprises font aussi partie de son tableau des ventes sans donner le nom de son principal client, il donne la quantité demandée: « Notre plus grosse commande c’est 10 000 boites de 50 masques ». 500 000 masques commandés par « la-boite-en-question Â» ce n’est pas assez. Il a investi un domaine de prédilection de ces magasins-stock, l’internet.

 

Moteurs de recherche ciblés.

Nos grands moteurs de recherche français sont évidemment maintenus par le prix de l’espace qu’ils proposent. Bannières interactives souvent utilisées par les cosmétiques, hauts de pages achetés par les sites d’enchères, il y a toutes les tailles et les prix. Chez ces couturiers de la pub web, les liens sponsorisés sont les meilleurs en fonction du prix et de la cible. Affichés seulement pour compléter votre recherche par un peu de shopping, NM est arrivé jusqu’à nos oreilles par ce biais. Le patron reste cependant sceptique sur le bénéfice engendré. « Très sincèrement je pense qu’on devrait l’arrêter parce qu’on ne peut plus honorer vos commande. Je n’ai plus besoin d’aller chercher des clients ». C’est ça le prix du succès.

Très en vogue aussi, les sites de vente de médicaments envers lesquels nous vous mettons en garde. Prix exorbitants pour avoir les médicaments nouvelle génération sans ordonnance, viagra et pilules minceurs y côtoient le Tamiflu. La différence est grande de l’ustensile à la molécule. A ces entreprises souvent délocalisées en Angleterre il conclut : « Mes concurrents sont français. Je ne suis pas un concurrent de la vente de médicaments à distance Â».

Propos recueillis par Pierre Baudis