Après six ans d’études réglementaires « plus une, juste pour voir Â», Sophie N. avait hâte de voir les débouchés de son labeur. « Vous savez, les études de pharma, c’est pas ce qu’on en lit sur les magazines, évidemment il y a des gros fêtards, mais en général ils ne vont pas plus loin que la première année.» Toute contente de débuter sous l’œil pédagogue du gérant de cette pharmacie dans le centre parisien, elle nous explique la découverte commune du virus par elle et les clients.

 Â«Du moment qu’on a la télé chez soi, c’était pas possible de ne pas en entendre parler. Comme je suis dans le médical et la santé j’ai prêté  l’oreille, mais je pensais pas que ça irait plus loin que l’Amérique.» Et en effet, depuis quelques semaines elle a vu la différence.

« Je reparle de la télé parce que ça fait penser les gens, dès que le discours à changé, les gens ont eu peur. On les connait les gens ici, même si c’est Paris, c’est comme un petit village avec beaucoup de touristes. C’est des parents souvent qui sont venus me voir, parce qu’ils partaient en vacances ou qu’ils allaient envoyer leurs enfants en colo. Ils voulaient des informations (…) mais surtout être rassurés Â» ajoute-t-elle.

Le relationnel, point fort de nos officines franchouillardes réussit à déstresser les inquiets. Mais elle a aussi remarqué des changements dans les stocks, qui soulèvent des questions chez la jeune active.

« On nous dit que ça va être LA pandémie du siècle, mais pour l’instant, on a une seule boite de tamiflu, vous voulez la voir ? C’est surtout sur les masques, on a reçu un très très gros stock de masques ! Il y en a pour tous hein ! Â» dit elle en montrant les différents masques dont les masques chirurgicaux classiques et les masques de protection FFP2.

«  Après on a commandé ceux là, avec des dessins, on s’est dit que au cas où ça devient important, il y aura toujours des gens qui voudront faire autrement. Mais après je sais pas si ceux là peuvent être remboursés (…) Les gels lavants aussi, il y a des personnes, c’est comme si elles le buvaient! Elle sont là tous les deux jours pour racheter une petite bouteille… Elles doivent les offrir en fait.»

Quand je lui demande si elle craint cette épidémie, on la sent au contraire très optimiste et philosophe : « c’est plutôt génial pour moi, c’est pas top de dire ça, mais ce serait mon baptême du feu.» C’est qu’elle a peut-être « vu à la télé Â» l’interview de François Fillon qui annonçait la même « Ã©preuve du feu Â» aux médecins français, qui travailleront avec les pharmacies au cÅ“ur du dispositif de santé.

«Quand on travaille dans la santé et donc avec des personnes malades, on peut pas se permettre d’avoir peur, c’est comme si tu demandais à un pilote si il a peur de s’écraser, on n'y pense pas c’est tout… Enfin, on y pense pas, mais on doit être les gens les plus propres de Paris, avec ce qu’on voit passer !»

Propos receuillis par Pierre Baudis