Contrôleur à la RATP : un poste à risque
12 août 2009 - 15:04 - aucun commentaire
Marlène n’est pas la Poinçonneuse des Lilas, mais de Châtelet-les-Halles, cœur du réseau sous-terrain parisien. Avec son équipe de contrôleurs, elle côtoie des centaines de personnes par jour.
Et je ne fais pas exception à la règle, c’est même la première chose qu’elle me demande quand je la rejoins à la sortie Pierre Lescot où elle a « vu des groupes de douze types avec un seul billet ». A « trente cinq ans et des poussières », elle fait partie d’une équipe de contrôleurs de la RATP. Pour reprendre ses mots, elle « en avait marre de la Monnaie (le siège de la RATP ndlr.) et de la vitre ». Ils rôdent dans les stations de métro aux endroits stratégiques pour éviter « la première dépense de la RATP » : la fraude. A six contre six, personne n’a essayé de s’enfuir dans le groupe de jeunes, hilares de prendre une amende de plus de 50 Euros. « Ils prennent le papier d’identité où il y a une adresse qui date, ça met plusieurs mois à les retrouver ». C’est vrai qu’on n'a pas envie de les embêter, car même pourvue de deux femmes, l’équipe compte trois agents de sécurité RATP armés de pistolets 9mm, de gaz lacrymogènes et de matraques.
« En attendant, c’est pas le pétard des collègues qui va tuer le virus »
Venons-y, Marlène est en train de contrôler un voyageur étranger de l’espace Schengen. « Le pauvre type, il était en marcel et il tombait des gouttes. Mais moi je ne sais pas ce qu’il a, on échange un papier que chacun touche plusieurs fois ». Les personnes dans le même cas sont légion : un quart des usagers contrôlés sont étrangers et ne parlent souvent presque pas français. Pas du tout inquiète « mais consciente », elle me rappelle un épisode de la vie underground que je n’ai pas pu connaître.
« Pendant l’épidémie de SIDA en France, je sais qu’on a eu des enfoirés qui ont piqué des agents avec une seringue. Vrai virus ou pas, tu dors moins bien la nuit (…) Tu peux être sûr qu’il y a des gros malins qui vont venir tousser ou nous cracher dessus ».
« Je veux bien travailler, mais on n'est plus dans les mines »
Rappelant que les heures debout, l’enclave des sous-terrains et parfois les altercations avec les fraudeurs sont éreintantes, elle désire travailler dans des conditions sanitaires décentes. « Les médecins qui voient des gens toute la journée, on va les protéger, ben moi aussi alors » ajoute-t-elle. « Je peux prendre sur moi et porter un masque au travail » même si elle sait « que ça va y aller à cœur joie sur les commentaires ». Quand j’essaie de placer la blague «avec un masque FFP2 vous serez un canard qui se prend pour un poulet en fait », elle rie jaune en ajoutant « Ben voila, t’as tout compris ».
Pierre Baudis






