Grippe A : une pandémie pas forcément mauvaise pour tout le monde
14 août 2009 - 17:46 - un commentaire
La pandémie de grippe A(H1N1) nous a fait expectorer un peu moins d’un milliard d’euros en vaccin. Comme chacun veut sa part sur la tortilla de la grippe mexicaine, vous avez pu remarquer les différentes offres sur la toile. Masques de protection et gels lavant évidemment, mais aussi Tamiflu et combinaisons antibactériennes. Point sur l’épidémie inévitable d’opportunisme : le dossier de grippea.fr.
Vous l’aurez remarqué comme nous, les publicités et liens vers des sites de vente de matériel médical affluent sur nos écrans. Faut-il se fournir chez ces grossistes du médico-sanitaire ? La réponse la plus appropriée serait de vous inciter à vérifier la crédibilité de l’entreprise et surtout leurs brevets. Beaucoup de ces sites sont francophones, mais établis dans d’autres pays comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Asie. Les brevets de certains produits ne correspondent pas aux exigences françaises, mais vos achats sur internet relèvent de votre responsabilité aussi. Vous trouverez plus bas les réponses d’un pharmacien sur la question. Plusieurs entreprises ont été contactées; entretien clairement refusé par Paraprice et Matériel Médical Service. Medistore est le seul à avoir apporté quelques éléments. La responsable clientèle affirme avoir eu « une réelle augmentation des commandes de masques et des gels antibactériens », cependant aucune précision n’est apportée sur le prix en gros de ces produits et sur les marges effectuées. Pour exemple entre les sites et les revendeurs, le masque FFP2 passe de 60 cents l’unité à plus d’un euro. Des prix du simple au double qui retombent en bout de chaîne sur les consommateurs.Du parasitisme à l’illégalité.
Même si vous êtes légalement responsables de vos achats, des sites proposant des médicaments livrés en France sont hors-la-loi. Des sites dont nous ne citerons pas le nom (pour ne pas leur amener plus de trafic qu’ils n'en font déjà ) proposent en effet des antiviraux sur commande et sans ordonnance. « Impossible » me direz-vous. Pas du tout, ces sites étant domiciliés en Angleterre, ils passent à travers les mailles du filet. Et c’est là que l’embrouille se réalise, on vous propose le Tamiflu à 16 euros la pilule, soit plus de 160 euros la boite. Plus de six fois le prix unique fixé en France.
« Doctrine hygiéniste » contre « vigilance de règle ».
Nous l’avons tous remarqué, notre gouvernement prend peu de vacances en cas de pandémie. En prenant leurs vacances en différé, la patate chaude a pu passer de la Santé au Travail et du chef du Gouvernement à l’Intérieur. Continuité de la gestion de crise impeccable, un peu trop même pour certains. Les commentaires sceptiques pleuvent depuis quinze jours contre le principe de sécurité rigide observé par nos ministres.« On aurait dû annoncer clairement la couleur : nous sommes dans le cadre d'un exercice grandeur nature. Point à la ligne. Il est inutile d'affoler les populations, sauf à vouloir leur marteler à des fins politiques le message suivant : bonnes gens dormez sans crainte, nous veillons sur vous » déclarait le Pr Debré, membre du comité d’éthique et député UMP de Paris, fin Juillet.
Guéguerre interne ou forte conviction médicale? La réponse de Roselyne Bachelot n’avait pas tardé. Elle précisait le lendemain : « La vérité, c’est que nous sommes confrontés à un virus, certes peu sévère pour l’instant, mais doté d’une très forte capacité de contamination liée, en particulier, au fait qu’il touche des populations qui ne l’ont jamais rencontré. Face à cette caractéristique majeure, la vigilance est de règle ».
L’Organisation mondiale de la santé a aussi assis son rôle et son importance. Les relations publiques de l’OMS sont ainsi effectuées pendant chaque pandémie selon le même professeur Debré. Il dénonce une façon « un peu rapide, commencer à gesticuler avec des communiqués quotidiens et des conférences de presse à répétition. »
François Fillon avait voulu mettre un terme à la polémique en déclarant que « si nous ne faisions pas ça, les mêmes à la même heure diraient qu'on n'a pas pris la mesure de la situation et se retourneraient contre nous ». Ce a quoi on lui répond que « les mandarins de l'OMS ont imposé au monde une doctrine hygiéniste. La France n'aurait pas à rougir de rester en retrait ». Principe de précaution rigide et assise du pouvoir en place font de la « crise A(H1N1) » une mine où tout le monde peut y voir son eldorado.
La parole aux internautes.
Pour voir à quel point il n’y a pas de petits profits en temps de crise économique avec sauce pandémique, je réservais l’exemple du numéro surtaxé du ministère de la santé. La « plateforme d’information du grand public » est un numéro (légèrement) surtaxé. Mais 15 cents la minute, pour certains citoyens, c’est trop. Focus sur un forum de discussion lié à un grand moteur de recherche français.
Sur le forum de questions réponses communautaire, je tombe sur la question de Gédéon qui demande s’il est « normal ou abject de mettre un numéro surtaxé pour avoir des renseignements sur la grippe mexicaine » ? Comme souvent, je suis surpris par la virulence de certaines réponses, mais dans le lot, des commentaires très sensés se
démarquent.
« C'est ce qu'on appelle la recherche de la rentabilité de la gestion publique. Plutôt que de faire supporter le coût à l'ensemble des contribuables, c'est seulement les "intéressés" qui contribuent à son financement. C'est une autre manière de voir le service public, habituez vous, c'est ce pour quoi vous avez voté en 2007. » Lui répond Téo.
Rappelez-vous en effet le discours sur les services publics qui sont tous des entreprises. Il n’y a pas de raison qu’ils soient indéfiniment débiteurs, comme vous le voyez cependant l’opinion est partagée.
Le pharmacien : Entre médecin et commerçant.
Alain Jaume est gérant de la pharmacie de la Michodière à Paris, il nous parle du business grippal dans l’hyper-centre de la capitale. C’est la prévention qui a été la plus importante à organiser.
« Nous on a un fournisseur qui nous assure des normes françaises et qui nous vend les masques 1,50 euros/pièce parce qu’on les commande par 400. C’est un commerce aussi ». Il n’a cependant pas été arnaqué par les fournisseurs, en position de force face à la demande qui a explosé. « Les industriels ne font pas pression sur le prix, mais sur les quantités. Nous on les vend à l’unité, après on fait du dégressif sur des boites de 100 » Et comme pour tout produits industriels, il y a la guerre des prix, mais aussi de la qualité. « On a eu des recommandations d’acheter du matériel aux normes françaises. Mais on est sollicité tous les jours ! Énormément de fabrication chinoise (…) ils sont soit-disant aux normes européennes, alors eux ils cassent les prix, c’est du simple au triple » me confie-t-il. Je lui demande également s’il a stocké des masques pédiatriques. « On n'est pas arrivé à en trouver, déjà pour trouver des fournisseurs qui ne soient pas en rupture, c’est compliqué ». Sur le traitement, il m’indique que le pharmacien ne fera pas d’argent sur le Tamiflu, contrairement à ce que certains affirment. « Le Tamiflu, c’est 24,85 euros. On l’achète 19, 24 euros ». Et d’ailleurs, il n’y en a pas assez dans sa pharmacie pour créer un vrai bénéfice : « Ils doivent être en rupture. Pour en avoir c’est au compte-goutte. On en a 20 en commande, mais seulement 4 en stock ».Quand je lui parle des sites marchands basés à l’étranger qui proposent du Tamiflu sans ordonnance à des prix exorbitants, il est très clair : « Vous trouvez ce que vous voulez sur le net, Viagra, Alli, la pilule minceur. Mais légalement en France, on ne peut pas acheter un médicament ailleurs qu’en pharmacie, donc c’est déjà à leurs risques et périls. En plus, ce n’est souvent pas du Tamiflu dans la boite ».
Quant aux commerçants français qui restent dans les règles mais font marcher la concurrence, il y va de sa propre expérience. « Dans des pharmacies sur les Champs-Elysées, ils sont à 8 euros/pièce, on a même du 15 euros pour un masque FFP2 ». Il analyse également son quartier parisien : « On a énormément de sièges de sociétés ici dans le 2ème arrondissement. On a la BNP, le LCL, les Echos, le Figaro, eux ils sont un peu dans la psychose, on a eu des commandes d’ailleurs ». Ceux qui créent cette info se mettent ils à y croire ?
Dossier réalisé par Pierre Baudis







Commentaires
Bonjour,
Je vous propose une représentation de type « nuage de mots clés » des mots associés au virus H1N1. Cette représentation a été réalisée sur plus de 400 publications scientifiques issues de la base de données PubMed. Elle permet de voir rapidement les termes de la littérature scientifique associés au virus H1N1. Plus la police de caractères est grande et plus les mots sont couramment cités.
URL de l’image : http://www.knowmade.fr/minidocs/H1N...