«Quel accueil !»

Restaurateur depuis 18 ans, Thierry nous invite à l’heure du déjeuner dans sa brasserie Boulevard Saint-Michel à Paris. Je lui demande ce qu’il pense de la grippe A, il hausse les épaules : « Ha, je ne sais pas trop quoi en penser ». Il sourit et ajoute qu’il « espère que les autorités de la santé se trompent sur l’ampleur que pourrait prendre le virus. Sinon on est mal ». Quand je lui demande pourquoi il répond spontanément :

«Mes serveuses, mon barman et le gérant avec un masque : quel accueil !»

 

Quelle cuisine !

Au-delà de l’apparence de son établissement au regard des clients, Thierry ajoute un point essentiel : « Sans parler de la cuisine, déjà que je surveille sans cesse s’ils ont bien mis leur toque, je crois qu’ils seraient réticents à porter un masque surtout pendant tout le service, ce n’est pas agréable pour cuisiner ; l’odorat compte beaucoup, notre cuisine serait touchée aussi Â».

 

Seulement les habitués

Quelques clients commandent au bar, Thierry les sert. Je lui demande si ce sont des habitués : Â« Oui, j’ai beaucoup d’hommes assez âgés qui viennent régulièrement. Aussi des touristes, et pendant l’année, j’ai les étudiants et la sortie des bureaux ». L’emplacement est parfait mais beaucoup de passages par jour pourraient amener le virus aux portes de la brasserie. Après le déjeuner, Thierry m’invite à faire un tour en cuisine.

 

Toujours là pour son petit personnel

« Mon plongeur… vous imaginez, il récupère les plats que les serveuses ramènent de la salle et il les lave Entre les clients qui mordent dans un aliment et qui le remettent dans l’assiette, ou tout simplement la fourchette, combien de fois mettez vous la fourchette dans votre bouche au cours d’un repas ? Â» Je ne sais quoi lui répondre. Cependant notre restaurateur semble prendre conscience que son personnel pourrait être exposé. Je lui demande s’il sait quelles précautions prendre. « Oui Â», Thierry s’est renseigné dès le mois de Juin auprès de son syndicat et du site internet du ministère de la Santé. Il nous confie toutefois qu’il  n’a « pas acheté de masques et ça fait longtemps qu’on utilise les gels antibactériens. La salle est nettoyée après chaque service. On peut pas faire grand chose de plus.». Avant de partir, il me serre la main « Ah, un mauvais réflexe je suppose ? Â»