C'est la fin des vacances. L'heure pour les écoliers, collégiens et lycéens de retrouver leurs salles de classe avec, peut être, un invité surprise : la grippe A (H1N1). L'artillerie lourde de la prévention a été déployée, mais, à la veille de la rentrée, nul ne peut prédire l'évolution de la situation et l'efficacité des mesures mises en place par l'Education nationale. Anne-Sophie Chambon est professeur des écoles dans une classe de maternelle à Lyon, par téléphone, elle nous explique sa position.


Quel budget pour les mesures d'action ?

« Pour l'instant je n'ai pas encore eu de document de l'Education nationale, ni par courrier, ni par mail. J'ai une pré-rentrée demain (aujourd'hui) donc j'en apprendrai plus à ce moment là ». Elle s'est tout de même informée sur les mesures mises en place par le ministre Luc Chatel, notamment sur les consignes d'hygiène, mais elle s'interroge : « C'est l'aspect pratico-pratique de ces mesures qui va poser problème à mon avis. Faire en sorte que les enfants se lavent beaucoup plus les mains, d'accord, mais il faudra acheter des savons en conséquences. Au lieu de changer les serviettes qu'ils emploient pour se laver les mains toutes les semaines, il faudrait les changer tous les jours. Tout ça va demander un budget, du matériel... ».


L'école doit rester un lieu de paix

Il est vrai que le gouvernement insiste particulièrement sur l'importance de l'hygiène, du lavage de mains pour limiter la diffusion du virus. Cette réputation de peuple plus "sale" nous collerait-elle toujours à la peau ? C'est une évidence pourtant. Anne-Sophie Chambon le rappelle à juste titre : « je fais attention à l'hygiène de mes élèves tous les ans ! Qu'il y ait, ou pas, la grippe A, j'essaye d'apprendre ces règles à chacune de mes classe ». Elle fera malgré tout un effort supplémentaire cette année. « Forcément je vais en parler un peu plus que les autres années. On ne peut pas complètement éviter le sujet de la grippe A mais il ne faut pas en rajouter. Surtout avec de jeunes enfants. L'école doit rester un lieu de paix, sans danger ».


3 cas, on ferme

Difficile de rendre les écoles hérmétiques au virus pour autant. Avec l'automne, si l'on se fie aux annonces de la communauté scientifique et du gouvernement, la professeur des écoles aura probablement affaire à un enfant atteint de la grippe A. Dans ce cas, que faire : le renvoyer chez lui, fermer l'école ? La limite des 3 cas avérés, dans une classe, lors de la même semaine, instaurée par Luc Chatel n'est pas si limpide. « Moi, je ne suis quand même pas là pour renvoyer des élèves chez eux ! Je ne suis pas médecin non plus. Comment pourrait-on porter un diagnostic, faire la différence entre les symptômes d'une grippe classique et ceux de la grippe A ? Il faut compter aussi sur l'implication des parents. Ça arrive que des parents mettent leur enfant à l'école alors qu'ils savent très bien qu'il est malade ».

Interrogée sur son sentiment, au début de cette année qui pourrait être mouvementée, Anne-Sophie, philosophe, répond et conclue : « Vous savez, les professeurs sont quand même habitués au situation "de crise". Il y a toujours des imprévus, un remplacement par exemple. Il faut savoir sortir de son quotidien ! Cette année encore, je vais surtout chercher à réussir une bonne année scolaire avec ma classe, la grippe A n'est pas vraiment ma priorité ».


Julien Kaufmann